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TITRE, SUJET
CAUDERLIER &
LA CUISINE DU XIXe SIECLE
(Nicole Hanot, Charles-Xavier
Ménage, Eddie Niesten)
Exposition au Musée de la Gourmandise,
Ferme castrale d'Hermalle-sous-Huy, ch. F. Terwagne 132a
Du 11 septembre au 31 octobre 2004
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Cauderlier
(Anvers 1812- Gand 1887)
Le premier écrivain culinaire de
la toute nouvelle Belgique
au rayonnement européen.
Un témoin flamand des murs épulaires du XIXe
s., qui invente de nouvelles techniques de vente, rédige
en français des ouvrages qui connaîtront d'énormes
tirages, met en évidence la cuisine régionale,
se révolte contre la cuisine française compliquée
et dispendieuse, s'intéresse à la cuisine internationale.
Un homme dont
le discours est toujours actuel
car il exigeait des produits de qualité, se battait contre
les méthodes d'engraissage en batterie, prônait
en tous temps une nourriture saine. |
Biographie
Philippe
Edouard Cauderlier naît le 17 avril 1812 à Anvers,
et passe son enfance et son adolescence à Bruxelles. Sa
mère, Pélagie Cauderlier, 31 ans, est originaire
de Wallonie, plus précisément de Virelles, un petit
village du département de Jemappes (1)
(actuellement province du Hainaut); servante, elle est domiciliée
à Bruxelles, au coin de la Place Fontainas et du Marché
aux Charbons, dans un quartier économiquement très
actif de ce qui allait devenir plus tard la capitale belge. On
y brassait entre autres de la bière et on y distillait
du genièvre, ce qui laisse à penser que le père
de Philippe Edouard pourrait bien être issu de ce milieu,
et pourrait expliquer dans une certaine mesure la future carrière
de son fils.
Le
conditionnel s'impose car Philippe Edouard porte le nom de sa
mère ; c'est un enfant naturel, un de ces nombreux bâtards
nés au XIXe siècle (2)
et ses efforts pour retrouver son père sont restés
vains.
On ne connaît de la scolarité et de la formation
de Philippe Edouard Cauderlier que ce qu'il a bien voulu en écrire
: dans son ouvrage "La Santé" (1882),
il affirme n'avoir pu suivre que pendant deux mois l'école
du soir. Cela ne l'a néanmoins pas empêché
de faire une carrière satisfaisante, ajoute-t-il avec
une fierté non dissimulée.
Son épanouissement indéniable, Cauderlier le devra
donc à lui-même et à ses très nombreuses
lectures.
A l'âge de dix-huit ans,
il fréquente donc des cours du soir pendant deux mois.
Quels cours, on ne le sait. Quelques mois plus tard, il est enrôlé
à bord d'un navire marchand, peut-être comme coq
; mais rien n'est moins sûr
Il traverse l'Atlantique
sur le Bolivar, probablement au départ de la France. Sa
connaissance approfondie de la cuisine française, qui
sert de référence à cette époque,
pourrait en tout cas s'expliquer par un séjour prolongé
dans ce pays.
Un an à peine après
avoir abandonné définitivement la mer, il décide
de s'unir à Joanna Hoste. Une heureuse décision
s'il en est (d'autant plus que Madame Cauderlier est également
la nièce du futur éditeur de son cher époux)
car le couple restera uni jusqu'à la mort. Cauderlier
et son épouse ne seront toutefois pas épargnés
par le malheur. De leur union resteront finalement trois garçons
: Emile, Gustave et Ernest. Deux enfants sont morts prématurément
: la petite Elisa décède après quelques
semaines, et Jules ne vit que vingt mois. Ces malheurs influenceront
indirectement les ouvrages de Cauderlier ; il y évoquera
régulièrement le taux de mortalité élevé
chez les enfants et suppliera les parents d'entourer les bambins
des meilleurs soins possibles.
En 1842, Cauderlier s'installe
à Gent (Gand), à proximité du Belfort (Sint-Janstraat),
et ouvre son propre commerce de pâtisserie, "Au
pâté roulant".
Plus tard, il déménagera
dans la Veldstraat.
Ses activités professionnelles prennent très rapidement,
une autre orientation. Dans divers documents des années
1840, il se qualifie lui-même tour à tour de "traiteur",
"charcutier", "cuisinier",
"restaurateur" ou encore "organisateur de banquets
et marchand de gibier".
Cauderlier est sans aucun doute
un excellent homme d'affaires. En 1858, à 46 ans à
peine, il peut se permettre de vivre de ses rentes et entame
avec succès une carrière d'auteur culinaire.
En 1861, paraît chez l'éditeur gantois Ad. Hoste
son premier livre "L'Economie Culinaire", qui
est très rapidement traduit sous le titre "Het
Spaarzame Keukenboek".
Les publications de Cauderlier
obtiennent un grand succès. Dans un dépliant publié
à l'occasion de la quatrième réimpression
du livre "Het Spaarzame Keukenboek", nous apprenons
par exemple que 60.000 exemplaires de ses livres ont déjà
été vendus. Une liste des acheteurs de l'ouvrage
au cours des derniers mois souligne le caractère international
des lecteurs. Selon ce document, Cauderlier est lu non seulement
en Belgique et en France mais également en Angleterre,
aux Pays-Bas, en Italie, Russie, Pologne, Syrie, Egypte, Espagne,
aux Etats-Unis et même en Argentine.
Pendant les années 1860
et 1870, Cauderlier poursuit ses publications. Pour un public
assez réduit de professionnels, il écrit "Le
livre de la fine et de la grosse charcuterie" ainsi
que "La pâtisserie et les confitures".
Par contre, avec "Les 52 menus du gourmet" et,
plus encore avec "La Cuisinière" et "Keukenboek"
(qui est une version abrégée de son premier livre),
Cauderlier s'adresse à un plus large public.
"La Santé",
paru en 1882, est sa dernière oeuvre, et la plus étonnante.
Il ne s'agit pas d'un livre de cuisine habituel, mais davantage
d'un essai, truffé de conseils de santé principalement
destinés aux personnes âgées. Il contribue
en tout cas de manière significative à la démocratisation
de la cuisine.
Cauderlier décède
en 1887, mais l'intérêt pour ses livres ne faiblit
pas. Son éditeur - Ad. Hoste - effectue plusieurs réimpressions
posthumes, dont le contenu diffère parfois d'une version
à l'autre.
La popularité de Cauderlier ne semble prendre fin que
dans les années 1920, avec l'apparition sur le devant
de la scène de nouveaux journalistes gastronomiques, tels
que Gaston Clément et Paul Bouillard. Par ailleurs, des
réceptaires, comme "Ons Kookboek" ["Mon
livre de cuisine"] du Boerinnenbond, les ouvrages d'Irma
Snoeck-Van Haute et de Mesdames Droeshout et Van Dale, s'adressent
tout particulièrement aux femmes au foyer et à
tous les amateurs de bonne chère.
Quelques 7 décennies
plus tard, Cauderlier mérite d'être redécouvert.
Cauderlier et la cuisine
du XIXe s.
L'intérêt porté
à Cauderlier se situe sur deux plans.
D'une part, il nous permet
d'étudier le mode de vie de la bourgeoise belge du XIXe
s., sur le plan gastronomique, dans les longues listes des comestibles
et des plats préparés (pâtés, vol-au-vent,
volaille et gibier, vins, etc. - fourniture à domicile
de plats tout préparés, que l'on peut même
acheter par abonnement mensuel dont le prix varie entre 40 et
60 BEF par mois) qu'il propose en tant que traiteur et dans leurs
conditions de vente (qualité garantie, bouteilles ou conserves
défectueuses reprises sans discussion, service à
domicile ou sur place pour les banquets).
Avec
ce commerce de traiteur et la vente de produits alimentaires
de qualité, Cauderlier répond à la demande
sans cesse croissante d'une bourgeoisie gantoise en recherche
d'une cuisine plus raffinée et de produits chers comme
le fromage, les desserts variés, le vin, le poisson (3).
Cauderlier souhaite, par le
biais de ses publications, promouvoir mais aussi démocratiser
la fine cuisine bourgeoise dont on a peu traité auparavant.
La citation suivante illustre bien ses intentions:
" ' L'Economie culinaire ' est venue combler cette lacune
et a rendu la cuisine accessible aux plus modestes fortunes.
Cet ouvrage a donc une utilité qu'on ne saurait reconnaître
à aucun de ceux qui se sont succédé depuis
un siècle. "
S'adressant aux classes moyennes et à la petite bourgeoisie,
il fait preuve d'une vision toute personnelle de la cuisine et
des habitudes alimentaires, comme le montre son premier livre.
Il prend ses distances vis-à-vis de la cuisine élitiste
et extravagante, donc chère, notamment de celle de Marie
Antoine Carême, un chef français. Cauderlier plaide
pour une cuisine simple, légère, sobre et donc
meilleur marché.
Il tente d'éviter les matières premières
chères et luxueuses. Pour ses recettes, il choisit des
produits régionaux et frais, n'hésitant pas à
critiquer violemment les nouvelles méthodes d'engraissage.
C'est dans ce contexte qu'il répertorie d'importants aspects
de la gastronomie régionale. Son livre de cuisine contient
de nombreuses recettes classiques: waterzooi de poulet, de poisson
ou de lapin, carbonnades, chou rouge à la gantoise, steak
aux pommes de terre
Par ailleurs, Cauderlier émet
conseils et avis quant à l'entretien et l'organisation
de la cuisine, la composition des menus, la décoration
des tables, etc.
Par ses livres de cuisine,
Cauderlier s'inscrit également dans la riche tradition
française qu'il critique cependant car des maîtres
tels que Grimod de la Reynière, Carême et Brillat-Savarin
ont fixé dans leurs célèbres ouvrages les
règles d'habitudes alimentaires élitaires.
L'ode à la vertu bourgeoise
qu'est l'économie ne se limite d'ailleurs pas aux titres
de ses livres et aux avant-propos, mais se retrouve également
dans ses recettes et ses notes. On y trouvera donc régulièrement
les expressions : méthode de préparation inutile,
gaspillage, épargne, économie, cherté, bon
marché... Dans ce contexte, il était inévitable
que la traditionnelle cuisine française tape-à-l'il
de l'époque fasse régulièrement l'objet
de critiques.
La modération étant
une vertu de ce bourgeois, Cauderlier n'est donc pas partisan
d'une liste interminable de plats, "faisant certains
dîners ressembler davantage à une kermesse de village".
Il se rallie de plus en plus à une tendance générale
qui prône la modestie en cuisine, a fortiori chez les personnes
âgées. "La gourmandise est chez certaines
personnes âgées un péché mortel car
l'habitude de consommer de nombreux plats pendant le même
repas est funeste pour la santé".
C'est ce même souci d'une
alimentation saine et de qualité qui l'amène à
morigéner le secteur des sous-traitants. Ainsi, il n'apprécie
guère ceux qui souhaitent engraisser les volailles et
il est peut-être un des premiers à s'en prendre
aux précurseurs de l'élevage en batterie, d'un
point de vue culinaire certes. Idem pour l'engraissage des bufs,
qui a pour effet, selon lui, de rendre la bonne viande de buf
particulièrement difficile à trouver.
Sur sa lancée, il sermonne
également certains pêcheurs qui, selon lui, ont
l'habitude "de laisser crever leurs poissons dans une
insuffisante quantité d'eau". L'ancien chef coq
veut surtout qu'on serve des produits de meilleure qualité
au consommateur et il prend ses responsabilités ; il est
dommage que ses remarques aient été ultérieurement
atténuées...
Dès le début,
il a prôné le naturel et stigmatisé, parfois
de manière violente, le côté artificiel de
la profession. Non seulement en cuisine, mais aussi dans d'autres
secteurs, on ne peut selon lui obtenir des résultats vraiment
satisfaisants que par des méthodes naturelles. Cela vaut
tout spécialement pour l'élevage du poulet, du
buf et du porc qui, dit-il, ne donne une viande acceptable
que s'il est pratiqué selon les méthodes traditionnelles
et en liberté. Une manière de voir plus qu'actuelle
Il n'en néglige pas
pour autant l'évolution technologique et reconnaît
l'utilité de la réfrigération, de la conserve
industrielle
Il s'intéresse aux produits européens
et américains qu'il conseille parfois. Il suit de près
les communications scientifiques et s'y réfère
lorsque ces études peuvent appouyer ses propres arguments
basés sur un solide bon sens et une pratique professionnelle
qui l'a amené à fréquenter tous les niveaux
sociaux.
Un autre plan, plus général,
permet de mieux appréhender, à travers l'uvre
de l'écrivain et ses commentaires, l'évolution
de la société belge entre 1830 et 1930 - de la
chandelle à l'électricité, du transport
pédestre ou par chevaux au train, en un mot passant d'une
économie rurale à l'ère industrielle -,
une période charnière sur le plan éducatif,
politique, intellectuel et scientifique qui a créé
nos conditions actuelles de vie et qui ne peut qu'interpeller
enfants et adultes. Abordée cet angle, la découverte
de Cauderlier offre aux enseignants, par exemple, maintes et
maintes possibilités d'aborder l'histoire, la sociologie,
l'éducation et l'enseignement, l'évolution philosophique
de la société belge au XIXe s.
L'exposition
Paraphrasant ce qu'on avait
dit d'Henri Conscience, on a dit de Cauderlier : "Il a appris
à cuisiner à son peuple".
Par comparaison à la grande cuisine française du
XIXe s., celle de Cauderlier est infiniment plus modeste, mais
elle va influencer la table belge pendant des générations.
Pour les Journées du
Patrimoine 2003, le Musée et la Bibliothèque de
la Gourmandise ont traité le thème de la gastronomie
d'après " La Cuisinière bourgeoise "
de Menon, 1761.
La suite logique est celle qu'expose, dans l'avant-propos de
son " Economie culinaire ", Cauderlier lui-même
:
Le Dictionnaire général
de la cuisine française dit, dans sa préface, que
depuis 1761, aucun ouvrage de cuisine n'a été écrit
par un cuisiner.
(...) Ceux publiés par le célèbre Carême
ont le mérite d'être dus à une spécialité
; mais il faut plusieurs centaines de mille livres de rente pour
pouvoir en suivre les fastueux préceptes
(...) 'L'Economie culinaire', en revanche, s'adresse à
toutes les fortunes, à toutes les personnes qui aiment
une cuisine saine et peu coûteuse.
Toute la
cuisine du XIXe s. est résumée là. Une cuisine
de classe(s).
Une cuisine " si provocante
et si perfide " parfois, qu'on fit appel aux scientifiques
- comme aujourd'hui - pour lui redonner un grain de bon sens.
Avec des documents fournis
par la Bibliothèque de la Gourmandise, l'exposition du
Musée de la Gourmandise éclaire l'histoire de cette
cuisine et de cette société sous différents
angles.
Elle se réfère
également au livre " La Belgique cuisine ! "
édité en néerlandais par le CAG (Centre
d'histoire de l'agriculture et de l'alimentation de Leuven/Louvain)
et dont nous avons fait l'adaptation en français (parution
en septembre 2004).
La visite de l'exposition,
toujours guidée, convient aux enfants comme aux adultes.
Elle peut se dérouler en français ou en néerlandais.
Avec le soutien du CAG Leuven,
du Vlam, de la Région wallonne et du Commissariat général
au Tourisme.
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(1) Les Etats belgiques unis sont alors
sous une domination française dont personne ne prévoit
alors la fin, les armées napoléoniennes étant
encore toutes puissantes. (Retour au
texte)
(2) D'aucuns attribuent ce phénomène
à l'immoralité grandissante, et même à
l'émancipation féminine du temps ; d'autres encore
y voient surtout la conséquence de la misère matérielle
et morale de l'époque (les privautés des patrons
vis-à-vis des servantes étaient des maux bien connus).
(retour au texte)
(3) La prospérité de l'industrie
gantoise du coton et des industries connexes enrichit de nombreux
hommes d'affaires de la cité qui veulent bien entendu
faire étalage de leur aisance, non seulement en construisant
des maisons dignes de leur rang ou en s'habillant au dernier
goût du jour, mais aussi en adoptant des habitudes alimentaires
raffinées. Ils organisent des festins somptueux pour leurs
amis, connaissances et relations d'affaires. L'essor économique
et la prospérité croissante (du moins d'une partie
de la population urbaine) entraînent également l'apparition
des premiers restaurants de la ville. (retour
au texte) |
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