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TITRE, SUJET
FABRICANTS ET BATTEURS
D'HUILE
( Hugues Labar )
mise en ligne 10/2/2003
avec l'aimable autorisation du Cercle
d'Histoire et d'Archéologie du Pays de Genappe asbl
L'article qui suit concerne
une activité aujourd'hui disparue à Genappe : la
fabrication d'huile. Autrefois, quand les moyens de transport
n'étaient pas ce qu'ils sont de nos jours, tout produit
nécessaire à l'activité humaine devait être
confectionné localement.
Jusqu'à la fin du XIXe s., on trouvait donc à Genappe
des fabricants ou faiseurs d'huile (les patrons négociants)
et des batteurs d'huile (les ouvriers).
Ce vocable de "batteur d'huile" semble être propre
au Brabant wallon, mais il décrit bien l'activité
de l'ouvrier en question; en effet, les dictionnaires français
font plutôt mention du terme "tordeur d'huile".
Si les moulins étaient généralement destinés
à moudre des céréales, parfois à
battre le fer ou à scier des grumes, d'aucuns servaient
aussi à produire de l'huile. On parlait alors de "tordoir
à huile", car on y tordait et broyait les graines
oléagineuses pour en extraire l'huile. Qu'il soit mû
par le vent ou par l'eau, l'arbre moteur, dans ce cas, n'entraîne
pas seulement des meules, mais aussi des presses, des agitateurs,
des courroies et des pilons retombant dans des mortiers. Des
cames placées sur l'arbre moteur levaient et libéraient
alternativement les pilons. Une véritable usine miniature
!
Le procédé décrit ci-après est celui
utilisé dans les tordoirs à vent du Hainaut occidental
et du Nord de la France (1) et il n'y
a pas de raison que la technique ait été différente
en Brabant.
Les tordoirs à huile
Les graines étaient
d'abord écrasées entre les chants de deux meules.
Elles étaient ensuite pressées, puis placées
dans les cavités (mortiers) d'une série de pilons.
Il en résultait une pâte qui était chauffée,
puis placée dans des sacs en grosse toile et de nouveau
pressée par des pilons. L'huile s'écoulait alors
à travers l'enveloppe du sac.
Les graines suivantes étaient utilisées : lin,
oeillette, navette, camomille, cameline et chènevis. Toutes
ces huiles pouvaient servir à fabriquer du savon. L'huile
de lin était surtout utilisée dans la fabrication
de peinture, de vernis et de mastic. Le colza servait à
l'éclairage et l'oeillette... faisait dormir les bébés.
Le résidu, appelé "tourteau", de la forme
d'un gâteau sec, était utilisé comme engrais
ou nourriture pour les bestiaux.
A Genappe
A Genappe, en 1403 déjà,
il existait en amont du moulin du duc (ou Grand Moulin) un "estordoir",
qui appartenait au domaine et était affermé moyennant
9 sous de gros par an.
On sait également qu'en 1504 et 1505, on ajouta au Grand
Moulin une troisième roue pour fouler le drap et un moulin
à fabriquer de l'huile, d'après un modèle
exécuté par le charpentier Martin de La Fontaine
qui entreprit la construction de ces annexes pour la somme de
22 livres (2).
En 1856, deux pressoirs à huile fonctionnaient : celui
d'Edmond Bouqueau, situé rue de Mons (actuelle rue Berger)
au carrefour avec la rue de France, et celui de Théophile
Wauthier, ruelle des Ecoliers (3). Tous deux
étaient étroitement liés aux deux moulins
alors en activité, lesquels réalisaient pour eux
la première opération d'écrasement des grains.
Le pressoir Bouqueau
Edmond Bouqueau (°Genappe
22.7.1819 - Genappe 21.7.1886) n'était autre que
le beau-frère (4) de Gustave Modeste
Demanet (°Loupoigne 22.6.1816), l'exploitant de l'ancien
moulin Camusel sur la rive droite de la Dyle, en amont du pont.
Ce moulin, érigé en 1779, fut construit à
l'origine pour platiner le fer, mais rapidement transformé
en papeterie, avant d'être reconverti en meunerie. L'huilerie
Bouqueau ne semble pas avoir fonctionné bien longtemps,
quatre ou cinq ans sans doute. En 1854, à son mariage,
l'officiel de l'état civil attribue à Edmond Bouqueau
la profession de cultivateur; il en est de même lors de
la naissance et du décès de son fils Gustave (°Genappe
10.3.1860 - Genappe 31.10.1879), ainsi qu'à son
propre décès, survenu à son domicile rue
de Mons; il se déclare batteur d'huile seulement à
la naissance de sa fille Julia (°Genappe 15.9.1855) et apparaît
comme propriétaire d'une huilerie sur l'atlas cadastral
établi par Popp vers 1858.
Les Wauthier
L'autre fabricant de 1856,
Théophile Wauthier (°Genappe 14.3.1811 - Genappe
28.7.1888) (5), en bon négociant qu'il devait
être, avait réalisé une petite "intégration
industrielle" puisqu'il était également propriétaire
du Grand Moulin et d'une savonnerie située ruelle des
Ecoliers, un peu plus loin que l'huilerie. C'était un
notable de la ville, conseiller communal de Genappe de 1836 à
1855 et de 1859 à 1867.
Son père Melchior François Joseph Wauthier (°Loupoigne
13.2.1773 - Genappe 14.5.1835) (6), produisait
déjà de l'huile en 1826. Son ancienne enseigne
en bois était conservée au musée du Cercle
d'histoire et constitue un remarquable témoignage des
activités commerciales et industrielles de jadis. Le tracé
de cette enseigne dû au talent de Benoît Clarys,
membre actif du Cercle est fourni ci-après.
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Sur ladite enseigne, le nom
du propriétaire-exploitant (M. F J WAUTHIER) est inscrit
sous un dessin des installations.
Sur la droite, un cheval actionne un manège (7),
lequel, par un renvoi d'engrenages, entraîne un arbre horizontal
supérieur. Celui-ci, comme expliqué précédemment,
libère deux pilons. Un ouvrier veille au bon fonctionnement
de l'ensemble et à la qualité du battage, d'où
le terme de "batteur d'huile".
C'est par son mariage à Genappe le 8.1.1806 avec Marie
Joseph Fievez (°Vieux-Genappe 23.2.1769 - Genappe 22.6.1830)
que Melchior Wauthier devient fabricant d'huile. En effet, Jean
Baptiste Fievez (°Vieux-Genappe 12.6.1758), son beau-frère
(8), exploitait déjà le tordoir
en 1796 (9).
Ouvriers batteurs d'huile
actifs à Genappe au début du 19e siècle
Les documents d'état
civil contenus dans le Fonds Henri Martin, conservé au
Cercle d'histoire, ont permis de retrouver quelques ouvriers
batteurs d'huile actifs au début du XIXe s. La plupart
provenaient de Baisy-Thy, voire Loupoigne. Il leur suffisait
de descendre la chaussée pour rejoindre leur lieu de travail
le long de la Dyle.
Corneille Vandeuren (°Anvers 4.8.1780 - Genappe
30.8.1832) était déjà batteur d'huile en
1807, comme en atteste son acte de mariage avec Marie-Françoise
Charlier à Genappe le 25.3.1807, et il exerçait
toujours cette profession en 1824.
Pierre-Joseph Somville (°vers 1800) exerce la profession
de "batteur d'huile" en 1836 et son frère Henri
Louis (°Baisy-Thy 8.6.1816) est cité comme batteur
d'huile dans son acte de mariage en 1842. Il épouse cette
année-là, le 30 août à Baisy, la fille
d'un cultivateur de ce village, Constance Gilbert, née
à Loupoigne le 21.2.1814.
Florentin Jonet (°Baisy-Thy 16.7.1818) travaille dans
une huilerie en 1841. Paul Joseph Ginion (°Baisy-Thy
2.3.1821) exerce la même profession lors de son mariage
le 1.12.1855 avec Hortense Bourmack. Jean Jacques Santerre
(°Loupoigne 29.5.1809) était également batteur
d'huile en 1844.
Un autre fabricant d'huile apparaît à Genappe au
recensement de 1796 : Martin Wausor (°Mellery vers
1745 - Genappe 8.6.1797) (10) qui
avait épousé Marie Thérèse Wilmet
(°Mellery 1764) à Baisy le 26.4.1785 et était
déjà qualifié de "marchand et faiseur
d'huile à brûler" à son mariage (11).
Il reprit en arrentement le moulin à huile de Genappe
en 1792.
Comme on le constate, la plupart de ces personnages sont cités
comme batteurs d'huile au cours de la période 1790-1860,
ce qui laisse supposer la fin de cette activité à
Genappe vers 1870. Ainsi, Théophile Wauthier cesse ses
activités de meunier entre 1872 et 1876 (12) et son
fils Alix ne reprend pas les activités : il devient géomètre.
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(1) A Mouscron, une entreprise a conservé
comme emblème sur ses pots de savon noir à l'huile
de lin la silhouette du moulin à vent familial. Au XIXe
s., on dénombrait pas moins de 200 tordoirs autour de
Lille; l'un d'entre eux, conservé par le Musée
des moulins, fonctionne à Villeneuve-d'Ascq. (Retour
au texte)
(4) Il avait épousé à
Genappe, le 25.4.1854, Godelieve Demanet (°Loupoigne 20.2.1819
- Genappe 29.7.1904) (retour au
texte)
(5) Il s'agit du grand-père de
Théophile Wauthier (°Genappe 28.10.1894 - Genappe
30.9.1918), étudiant à Louvain, qui rédigea
un travail historique sur le séjour de Louis XI à
Genappe, document publié par le Cercle d'histoire et d'archéologie
du pays de Genappe en 1992 dans son Cahier n°2, intitulé
Louis XI, Histoire et littérature. (retour
au texte)
(6) Le père de Melchior Wauthier,
Jean Baptiste, était censier à Loupoigne. (retour au texte)
(8) Jean Baptiste et Marie Joseph étaient
les enfants d'Henri Fievez et de Marie Theys, censiers de Passavant
(Vieux-Genappe) (retour au texte) |
Cet article a été publié
dans Le Lothier roman, "Métiers d'antan", Revue
d'histoire publiée par le Cercle d'histoire et d'archéologie
du Pays de Genappe, trimestriel, 2-3, 2002, pp 28 à 35.
Sommaire
: Augustin Legrelle et ses fils, blanchisseurs de toiles à
Baisy, Les Bourreliers - Les "châtreurs" de Baisy-Thy
- Couvreurs en paille - Fabricants et batteurs d'huile - Les
Fagotiers - Le Lampiste... ! - Maréchaux-ferrants - Passementiers
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