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TITRE, SUJET
LES COUTEAUX
( Richard Bit )
3 août 2002
Objet de l'étude
C'est le couteau en tant qu'instrument de cuisine et de table
qui sera l'objet principal de cet article. D'emblée, il
nous faudra tenter de faire la distinction entre des instruments
tels que le couteau et le poignard qui apparemment sont fort
semblables.
Généralement, le couteau se distingue du poignard
par le fait qu'il n'a qu'un seul tranchant et qu'on le considère
comme un ustensile alors que le poignard est une arme. Pour certains,
la principale différence concerne le manche qui, dans
le cas du poignard, est symétrique et possède un
pommeau, alors que celui du couteau est asymétrique et
sans pommeau.
La distinction est d'autant moins aisée (ange ou démon
?) qu'à l'évidence certains couteaux ont pu servir
de poignards et vice versa. D'ailleurs les couteaux aptes à
ce double usage sont appelés couteaux-poignards.
Dès lors, il ne faudra donc pas s'étonner que nous
fassions parfois l'amalgame afin de déterminer certaines
tendances, et ce principalement lorsque la documentation fait
défaut.
De plus, pour ajouter à la confusion, notons également
que certains couteaux ont eu un rôle cultuel (sacrifices)
ou d'apparat qu'il n'est pas toujours aisé de déterminer.
1. Définitions du
couteau
a) Etymologie
Couteau : du latin cultellus qui est un diminutif de culter (coutre
de charrue); au XIIIe s. : coltel; coutelier : 1160; coutellerie
: 1268; coutelas : 1410 (augmentation de couteau)
b) Définitions diverses
A titre indicatif et parmi tant d'autres, nous ne citerons que
deux définitions du couteau :
- instrument tranchant servant à couper, composé
d'une lame et d'un manche.
- sous le nom générique de couteau, on entend tous
les instruments, et aussi les armes, dont la lame, avant tout
tranchante, peut être pointue, mais est principalement
destinée à couper.
En France, le code des Douanes précise que les poignards
et les couteaux-poignards sont des armes dont la lame solidaire
de la poignée est à double tranchant sur toute
sa longueur ou tout au moins, à la pointe, d'une longueur
supérieure à 15 cm et d'une épaisseur au
moins égale à 4 mm, avec une poignée comportant
une garde. On en conclut que les autres couteaux sont à
considérer comme des outils et non comme des armes blanches
(à usage militaire ou paramilitaire).
En Belgique, la loi n'est guère explicite, elle classe
les poignards et couteaux en forme de poignard dans les armes
prohibées, à l'exclusion des couteaux de chasse.
(Art. 3, Loi du 3 janvier 1933 relative à la fabrication,
au commerce et au port des armes et au commerce des munitions
mon. 22/06/1933, modifiée par Loi du 9/03/1995). Malheureusement,
aucune définition ne vient préciser les termes
utilisés.
Un volet technique qui nous a été aimablement communiqué
par la gendarmerie précise que le couteau, considéré
originellement comme un instrument utilitaire, est plutôt
destiné à tailler alors que le poignard est une
arme d'estoc (permettant de percer et de frapper) courte, effilée
avec une lame à plusieurs tranchants et munie d'une garde.
Le couteau en forme de poignard serait un instrument servant,
en principe, à tailler mais dont les caractéristiques
essentielles (lame effilée, pointe acérée,
permettant de percer) lui donne les apparences d'un poignard.
Le couteau de chasse serait un grand couteau à un tranchant
utilisé pour achever le gibier.
Au niveau douanier, on précise que les couteaux de chasse
(donc non prohibés) sont ceux dont la forme et les caractères
(lame suffisamment longue, protégée par une garde
efficace et engagée dans un manche solide), indiquent
qu'ils sont destinées à servir normalement à
des usages de vénerie (saigner, éviscérer
et dépecer le gros gibier) et à être portés
à la ceinture. (D.L. 3/76.907, 20/06/1983, plus repris
dans la réglementation actuelle).
On y trouve également mention des canifs avec lames à
ressort, à cran d'arrêt ou amovibles, pour autant
que la longueur utile de la lame ne dépasse pas 7 centimères.
Par contre, les couteaux non fermants, susceptibles d'être
portés de cette manière, mais qui ne répondent
pas aux caractéristiques précitées, constituent
des "couteaux en forme de poignards" et sont donc prohibés.
c) Dénominations diverses
Les couteaux utilisés vers la fin du XVIIIe ont porté
des noms bien différents. Afin de tester votre connaissance
en la matière, nous en reprenons quelques uns à
titre indicatif :
Couteau à baïonnette,
à bascule, à bec de corbin, à la berge,
à cachet, à la capucine, à la charolaise,
à la chinoise, à creux, à double-joint,
à la grecque, à grimace, à jambe de princesse,
à loquet, à la militaire, à mouche, de peintre,
à plate-bande, à plate-semelle, à pompe,
à poudre, à la Ramponneau, à ressort brisé,
à scier, à secret, à tambour, à tête
d'aigle de toilette, à la turque.
La liste n'est pas close car
on distinguait également les couteaux de chasse, de veneur,
de pharmacie, à la Dauphine, à la d'Estaing (inventé
par l'Amiral ?), à attrape, à la romaine, à
un clou, à deux clous, sans clous, à tête
de compas, d'amis, de jardinage, à cerneaux, à
lame de rechange, etc.
Notre objectif n'est pas de vous inoculer un quelconque complexe
d'infériorité mais de montrer, si nécessaire,
l'étendue du champ d'action qu'il faudrait balayer.
d) Argot :
Ce langage secret et parfois savoureux a laissé quelques
traces à la postérité en ce qui concerne
les couteaux.
A titre d'exemple, citons le "surin" qui vient du romani
(début du XIXe s.) "tchouri"; il a donné
chourin, sourin puis surin.
On a également utilisé les termes suivants : lardoir,
rapière, rasif, coupelard, cure-dent, tranchant, charlemagne,
l'amiral, coupe-sifflet, cra-cra, ya, etc.
Aristide Bruant nous en a légué un échantillon
intéressant dans son "Chant d'Apaches" :
A nous les eustaches,
Les lingues à viroles,
Les longes d'assassins...
Pour le bidon des roussins
Et pour le centre des casseroles
(la casserole = la gagneuse,
la prostituée; les roussins = les policiers.
Signalons que l'eustache vient du nom du coutelier stéphanois
Eustache Dubois qui fabriqua ce type de couteau en très
grand nombre à la fin du XVIIe s. C'était un couteau
à un clou, sans ressort, avec la base du dos de la lame
prenant appui sur une virole métallique fixée sur
un manche de bois. Le bas prix du couteau le rendit si populaire
qu'on lui attribua le nom de son fabricant.
Dans le même ordre d'idée, mentionnons le "lingre",
terme qui provient de la déformation du couteau de Langres
(cette ville est un haut-lieu de la coutellerie depuis le XVe
s.)
e) Instruments apparentés
:
Le couteau est un mot que l'on
met à toutes les sauces (!) et, pour bien des personnes,
il évoque des choses totalement différentes.
Voici, à titre indicatif, une liste d'objets pointus et
tranchants qu'il s'agit de différencier :
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Canif |
instrument, le plus souvent de
poche (composé d'un manche et d'une ou plusieurs petites
lames) qui généralement se ferme. Il était
anciennement appelé kenivet (première mention sous
le nom de "quenif" en 1441, de l'ancien anglais "cnif").
Le couteau fermant existait déjà à l'époque
romaine. |
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Coutelle et braquemart |
sont plutôt de courtes épées. |
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Couteaux à crocs et à
plates du Moyen âge |
étaient des armes dont
la fine lame se glissait entre les joints de l'armure pour tuer
l'homme qui était à terre (certains étaient
appelés "miséricorde"). |
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Coutelas |
au XVIe s., il s'agissait de cimeterres
(ou anciens badelaires) qui étaient des armes à
lame courbe munie d'un seul tranchant situé sur le côté
concave. C'est, en fait, l'ancêtre du sabre. |
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Coutelets |
anciennement, ils désignaient
des petits couteaux de trousse servant à se faire les
ongles. Le coutelet pouvait également servir de cure-dent. |
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Coutelets furgeoirs (furgette,
esguillette) |
au Moyen âge, c'étaient
de petits couteaux servant de cure-dent. |
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Dague |
poignard à lame large,
courte et pointue dont le milieu de la lame est toujours la continuation
de l'axe de la poignée et qui meurt avec sa pointe (porté
pendant le Moyen âge et jusqu'au XVIIIe s.). |
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Poignard |
le mot provient du latin "pugnalis",
lui-même dérivé de "pugnus" (le
poing); arme à lame droite et très courte. Anciennement,
c'était une dague de petite dimension (daguette), un stylet
ou encore un couteau à lame fine et forte, destiné
à frapper de la pointe. |
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Scramasaxe |
couteau de guerre (en usage chez
les Francs) possédant un seul tranchant rectiligne plus
ou moins courbe ou coudé. |
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Stylet |
poignard à lame très
menue et ordinairement quadrangulaire ou triangulaire pouvant
mesurer de 25 à 50 cm. de long (en usage surtout en Italie
depuis la fin du XVe s.) |
2. Description
.gif)
1. lame - 2. pointe - 3. tranchant
- 4. dos - 5. talon (à angle vif ou arrondi)
6. mitre (ou bascule) - 7. virole - 8. manche - 9. culot (ou
cuvette) - 10. bouton |
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Forme des pointes : (a = dos, b = tranchant)
1. symétrique
2. relevée (sert à piquer le morceau coupé
pour le servir)
3. rabattue
4. échancrée
5. ronde (dans le cas des présentoirs, de certains parepains,
des couteaux de table à partir du XVIIe s.)
6. relevée ronde (pour certains couteaux à gâteaux) |
.gif) |
Fixation de la lame au manche
:
1. mitre
2. virole
3. (demi-)soie
4. crosse
5. cuvette
6. bouton
7. soie traversante
8. semelles
9. soie plate
10. rosette
11. rivet
12. talon |
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Couteau de chasse :
1. goutière
2. entablure
3. ricasso
4. garde
5. guillon de garde
6. virole
7. manche (cerf) |
3. Catégories
a) Couteaux usuels
Ils sont destinées aux usages domestiques (petite taille,
un seul tranchant, la lame rentre parfois dans le manche). Dans
cette catégorie, à notre époque moderne,
on peut distinguer les couteaux de poche et ceux de table. Il
faudra également accorder une place spéciale aux
bâtardeaux (petits couteaux) qui étaient logés
dans le fourreau de la dague ou de l'épée.
Sans entrer dans un luxe de détails, signalons que l'on
distingue généralement la coutellerie fermante
(couteaux de poche, rasoirs, ciseaux, etc) de la coutellerie
non fermante (couteaux de table, de cuisine, etc).
La coutume veut que la coutellerie chirurgicale soit classée
à part.
b) Couteaux d'office
Ils sont destinées aux usages de la cuisine et de la table
comme par exemple :
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le grand couteau à trancher |
utilisé par l'écuyer
pour trancher les viandes (lame large avec terminaison carrée
ou pointure pour piquer la tranche de viande) |
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le chaplepain |
pour chapeler (enlever la croûte) |
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le parepain |
sa lame arrondie servait à
parer les tranchoirs (pains rassis qui supportaient la viande
et servaient d'assiette consommable) |
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le taillepain |
avec lame pointue (plus petit
que le précédent) |
le présentoir
 |
qui, avec sa lame plate et large
comme une spatule (un seul côté tranchant, extrémité
largement arrondie ou carrément coupée) servait
à présenter aux convives les morceaux de poissons
ou de viandes et à les déposer sur un morceau de
pain (tailloir)... et à enlever les miettes de la nappe.
(L'usage des nappes, introduit au VIe s., se généralisa
au XIIe; elle portaient alors le nom de doubliers.) |
c) Les couteaux de vénerie
Ils étaient tous renfermés dans la trousse du veneur
(jusqu'au XVIIIe s., on ne faisait pas de différence nette
entre couteau de chasse et épée).
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Le skinner |
(de l'anglais "skin"
= peau) : destiné à dépouiller et à
éviscérer le gibier. C'est un couteau extrêmement
affûté (angle réduit à 20 à
25°) souvent avec une petite lame à émouture
creuse et possédant un tranchant fortement convexe. |
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Le knicker |
(d'origine allemande et autrichienne)
a une lame fine et droite avec un seul tranchant et une garde
simple forgée dans la masse. Il sert de couteau à
découper. |
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Le puuko |
est le couteau de chasse des peuples
nordiques (Suède/Finlande). Il remonte (dans sa forme
actuelle) au XIIe s. et aurait une origine attribuée aux
Vikings. Il a une lame souvent brute de forge montée dans
un manche rond en bois d'érable ou bois de renne. |
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Le bowie knife |
couteau utilitaire caractérisé
par une lame massive de 20 à 35 cm, souvent dotée
d'un fort contre-tranchant. Certains prétendent qu'il
aurait été inventé par Jim Bowie vers 1830
(la robustesse et la longueur de sa lame le rendait apte à
parer les coups de sabres ou d'épées). |
d) Les couteaux à
armer
Ils ne diffèrent des dagues que par le fait qu'ils n'ont
qu'un seul tranchant.
4. Historique
Trancher, couper, blesser,
tuer, sacrifier, pour la bonne ou la mauvaise cause, voilà
à quoi a dû servir le couteau dès l'aube
des temps
préhistoriques.
Bien des matériaux différents ont pu remplir ces
objectifs, que ce soit le bois, la pierre, l'os ou l'ivoire.
De ces temps reculés, ceux qui sont parvenus jusqu'à
nous sont surtout les couteaux en silex.
Mis à par les chef-d'oeuvres de l'Egypte antique, plus
modestement chez nous, ils avaient un caractère principalement
utilitaire.
Les éclats tranchants non retouchés, les grattoirs,
les lames à encoche, sont-ils à considérer
comme couteaux ?
La fonction de ces artefacts n'est pas toujours évidente
et semble plutôt pencher vers l'outil polyvalent plutôt
que vers l'outil spécialisé. La texture du silex
est telle que son tranchant est incomparable et peut rivaliser
avec les meilleurs aciers. Malheureusement, sa faiblesse réside
dans sa fragilité. (Il en va de même pour les
aciers, plus ils sont durs, plus il sont fragiles.)
Comme les origines de la métallurgie sont encore à
préciser, une datation en la matière est fort problématique
et varie suivant les régions. Cependant, il semblerait
que les premiers métaux utilisés par l'homme soient
ceux qui existaient à l'état natif (or, argent,
cuivre). Le fer météorique (combinaison de fer,
nickel, chrome cobalt...) a peut-être également
été utilisé en raison de sa malléabilité.
Le poignard, arme spécifiquement métallique, serait
né au Proche-Orient avec la découverte du cuivre vers 5300 av.
J-C.
Ce premier métal utilisable n'a joué qu'un rôle
négligeable compte tenu de ses piètres qualités
physiques pour la fabrication d'armes et d'instruments soumis
à des contraintes sévères. Il a parfois
été allié à de l'arsenic afin de
le durcir. Malheureusement, il se prête peu au moulage,
mais il se forge facilement à froid ou à chaud
et sa malléabilité permet le ciselage et l'estampage.
Par contre, la période de l'âge du bronze (1800-700 av. J-C.) nous permet d'analyser bon nombre
de documents.
Ce sont principalement des poignards (alliage de cuivre et d'étain)
qui sont parvenus jusqu'à nous. Ils étaient directement
inspirés des modèles en pierre et, au début,
seule la lame était en métal. La création
de la soie qui permettait la fixation plus efficace du manche
remplaça l'emploi des rivets métalliques traversant
la poignée et la lame. Le stade suivant fut la fixation
du manche sur la soie par rivetage.
A partir de 1200
av. J-C. (l'âge du fer),
le fer remplace progressivement le bronze et l'on remarque l'apparition
du fourreau.
En France, ce serait à partir du VIIe s. av. J-C. que
l'on trouve les premières traces d'objets en fer. Sa production
"organisée" ne daterait que du Ve S. av. J-C.
Les bas fourneaux de l'époque atteignaient une température
(1000 à 1100° C) qui était insuffisante pour
fondre le fer. On obtenait des "loupes" (masses hétérogènes)
qui comprenaient des résidus de charbon de bois, de la
silice ainsi que d'autres impuretés dont du minerai non
réduit. L'élimination de ces impuretés s'obtenait
par le martelage de la loupe à chaud.
Il semblerait que les Celtes associaient déjà (par
soudure) des lingots de fer doux et de fer carburé pour
obtenir un effet de durcissement. (Les Mérovingiens
obtinrent de magnifiques épées grâce à
ce procédé; c'est ce que les Croisés appelleront
plus tard "l'acier de Damas".) Les anciens forgerons
utilisaient des traitements du type cémentation qui conférait
à la surface une grande dureté.
La période
romaine nous a laissé
des témoignages plus précis qui permettent de bien
différencier l'arme de l'ustensile.

Couteau romain |
Les périodes mérovingiennes
et carolingiennes reprennent, avec quelques variantes, les modèles
romains. Il s'agit généralement d'une lame à
dos rabattu.
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Au Moyen âge, le couteau (qui semble avoir eu plus de succès
que le poignard) est toujours porté sur soi et sert à
de multiples usages. Considéré comme un symbole
de la masculinité, il était souvent rangé
derrière une escarcelle, placée devant la ceinture.
IL
FAUT ATTENDRE LE XIe S. POUR TROUVER LA PREMIERE REFERENCE ECRITE
RELATIVE AU COUTEAU DE TABLE.
Remarquons que vers la fin
du Moyen âge, la "religiosité" influence
la forme et la couleur des manches en fonction des fêtes
de l'année : noir (ébène) durant le Carême,
blanc (ivoire) à Pâques, noir et blanc à
la Pentecôte.
Ci-contre : Couteau à
huîtres, Moyen âge. En soulevant le ressort posé
au dos, la lame de fer avec ornements gravés se refermait
dans le manche composé de deux plaques de laiton ajourées. |
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Fragment de vitrail, XVe s., coll.
BMG |
Les XVe et XVIe s. marquent l'apparition de couteaux de chasse
destinés spécifiquement à cet usage. Il
s'agit de la dague de vénerie destinée à
servir (achever) le gibier et de la trousse de chasseur destinée
à le découper. (Au Moyen âge, on se sert
de la dague avec la pointe vers le bas (sous la main), alors
que durant les XVIe et XVIIe s., lorsqu'elle est utilisée
avec l'épée, on la tient avec la pointe vers le
haut. Ce détail pourrait expliquer la manière dont
certains personnages repris sur des peintures tiennent leur couteau
pour découper la viande.)
Au XVIe s., on assiste à l'apparition des couteaux de
grâces avec large lame damasquinée portant au verso
le Deo Gratias. Certains couteaux sont sertis de pierres précieuses
auxquelles sont attribués des pouvoirs protecteurs contre
les tentatives d'empoisonnement alimentaire (décoloration
ou brisure au contact du poison).

Croquis de couteaux utilisées par la cuisinier du Pape
Pie V (XVIe s.)
L'étui à couteau se nomme coutelière.
Cette gaine en bois ou en cuir, suspendue à la ceinture
du cuisinier, pouvait contenir 5 ou 6 couteaux,
ainsi qu'un couperet et, parfois, une fourchette.
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Le Cardinal de Richelieu, choqué
de la mauvaise manière dont le Chancelier Séguier
utilisait le couteau (pour se curer les dents), fit interdire
les lames pointues (Edit de Lille, 1669).
Les lames s'arrondissent et atteignent une longueur exceptionnelle
sous Louis XIV. C'est à la fin du siècle que l'on
voit apparaître des manches en faïence (Moustiers)
ou en porcelaine tendre (Saint-Cloud). |

Couteaux de cuisine
du XVIIe s. |
Dans le courant du XVIIIe s., le développement des manufactures
de Sèvres et de Saxe met ce type de décoration
à la mode.
En 1756, un arrêt du Conseil d'Etat autorise les couteliers
à fondre et à employer l'or et l'argent dans leur
ouvrages (réservés anciennement aux orfèvres).
En 1764, Jean Gavet (coutelier du roi, à Paris) utilise
pour la première fois une matrice pour estamper les manches
d'argent, à l'aide d'un balancier. Apparition des manches
en nacre, ivoire avec filets et incrustations d'argent ou d'or
et durant la deuxième partie du XVIIIe s., ils prennent
la forme de "crosse" (de pistolet).
Notons que le "couteau à la française"
possède un manche à section plate avec cuvette
et qu'un écusson apparaît sous le Directoire.

Allemagne, XVIIIe s. |

Solingen, Allemagne, XVIIIe s. |

Alpes, XVIIIe s. |
L'ère
napoléonienne
voit apparaître les lames à pointe rabattue, genre
stylet, puis les lames turques rappelant la forme des sabres
des mamelouks. Les manches sont désormais plats, agrémentés
d'écussons d'or ou d'argent.
Sous la Restauration se développent la technique
de l'estampage des manches en argent et l'usage du nacre pour
les garnitures.
Avec Louis-Philippe, on revient à la lame ronde (anglaise)
et la forme des viroles évolue considérablement
(virole-vase).

Couteau fabriqué par Gavet,
lame en or, manche orné de nacre. |
Gavet invente la lame ronde
à bascule (bascule = saillie à la base de la lame,
servant de point d'appui au manche pour éviter que la
lame ne touche la nappe). Ce système se généralise
sous le Second Empire avec l'introduction des manches en corne
de buffle.
Vers 1875 apparaît la virole à manchette qui se
prolonge loin sur le manche. On note également l'apparition,
sur le bas des manches, de culots de même style que les
viroles.
5. Etapes de fabrication
Un petit préambule nous
paraît nécessaire pour mieux cerner les différents
rôles joués par les artisans qui ont réalisé
des couteaux.
En effet, le système féodal avait organisé
le monde du travail en gildes (ou métiers, corporations)
dont l'activité était clairement définie
par des règlements. Théoriquement, un couteau devait
donc passer par différentes corporations avant d'atteindre
le stade de la finition ultime.
Voici quelques éléments qui devraient permettre
une meilleure compréhension du système :
a) Les corporations
Normalement, le coutelier est une personne qui vend ou fabrique
des couteaux , mais la situation est loin d'être aussi
simple.
En France, les couteliers étaient regroupés en
corporations (citées en 1250) dès le règne
de Philippe-Auguste. Ils vendaient des couteaux de table, des
couteaux de poche, des stylets pour écrire ainsi que des
gaines. Ils formaient deux communautés distinctes possédant
des statuts particuliers :
..........1) les fèvres-couteliers qui
fabriquaient les lames;
..........2) les couteliers faiseurs de manches
(en os et en ivoire).
Ces métiers furent réunis vers la fin du XVe s.
et on leur associa la corporation des rémouleurs.
En 1565, ils empiétaient sur les prérogatives des
armuriers fourbisseurs. Ils furent alors autorisés à
fabriquer des lames d'épée et de dagues, puis des
pertuisanes, des ciseaux...
A la suite d'un désaccord avec les orfèvres, des
lettres patentes (1756) les autorisent à fondre et employer
l'or et l'argent dans leur ouvrage. Ils sont désormais
des couteliers-graveurs et doreurs sur fer et sur acier.
Dans la Principauté de Liége (ancienne orthographe),
les couteliers faisaient partie de la corporation des fèbvres
(forgerons ou travailleurs des métaux membres des XXXII
bons métiers).
Les couteliers (Armoiries : de gueules, au mailloche d'argent
emmanché d'or, sommé d'une couronne du même,
à 3 fleurons et 2 perles, accosté de 3 tricoises
d'argent; patron +Saint Eloi, en Saint-André.) étaient
les seuls autorisés à fabriquer couteaux, faulx,
sciquilles (faucilles), blancs tranchants (armes blanches) et
fers de piques.
La gaine (ou le fourreau) relevait du privilège des "gainiers"
mais le coutelier pouvait la fabriquer pour autant qu'elle soit
vendue en même temps que la lame forgée par ses
soins.
Dans la Principauté, seuls les membres de la corporation
des pêcheurs pouvaient porter le couteau (car jugés
de moeurs paisibles ?!)
b) Fabrication
L'ancien procédé faisait appel aux opérations
suivantes :
..........- le martelage avec le martinaire (marteau
mécanique) pour aplatir et allonger la barre de fer ou
d'acier,
..........- le forgeage,
..........- les limage, perçage, émoulage,
polissage, plaquage, mettrage...
Au fil du temps, les artisans spécialisés tels
que le martinaire, le perceur, le mitreur, le forgeron de lames
ont été remplacés par une machinerie perfectionnée.
Actuellement, la fabrication des couteaux donne lieu aux opérations
suivantes :
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1) fonte |
Le métal utilisé
est un acier fondu au creuset (souvent un alliage de 0,5% de
tungstène et des aciers à 13% de chrome). Certains
couteliers contemporains préfèrent découper
les lames dans des barres d'acier dont l'alliage est de 17% de
chrome, 1,06% de carbone et 0,% de molybdène ! |
2) Forgeage |
Le travail de la forge a surtout pour objet de corroyer les lames
pour leur donner une texture fine et homogène.
On étire (Généralement à l'aide
d'un martinet ce qui a pour effet d'obtenir un acier très
serré et très dur, ou au laminoir ce qui donne
un acier moins compact mais plus homogène) une barre
de fer pour lui donner la forme voulue. Souvent les pièces
sont ébauchées par étampage ou laminage
à chaud dans des cylindres cannelés et terminés
par martelage à froid. |
3) La trempe |
La trempe a pour effet d'augmenter la dureté, la résistance
à la rupture et de diminuer la résilience (faculté
de déformation) ainsi que l'allongement. Elle est effectuée
dans l'eau froide ou à l'huile, parfois à l'huile
après chauffage entre 750 et 850° selon la composition
de l'acier. La qualité de l'eau utilisée a une
grande importance. Le revenu (Il a pour objectif d'homogénéïser
les structures et de stabiliser les propriétés
mécaniques du métal; il consiste à chauffer
un alliage déjà trempé à une température
inférieure au point de la transformation (150 à
650°C) et à maintenir cette température pendant
1 à 10 heures puis à la refroidir lentement à
l'air.) se fait parfois dans des bains de plomb et d'étain
fondus ou dans des fours en se mettant à l'abri de l'oxydation.
En principe, on chauffe le métal à une température
supérieure au point de transformation du métal
(850 à 900°C), cette température est maintenue
jusqu'à obtention de la structure austénitique
(structure naturelle de l'acier refroidi à l'air en sortie
de coulée), le refroidissement est contrôlé
dans un fluide approprié pour obtenir une nouvelle structure
cristalline.
Le recuit est effectué pour obtenir un compromis entre
souplesse et dureté. Il consiste à chauffer un
alliage à une température supérieure au
point de transformation, à maintenir cette température
puis à refroidir lentement dans une atmosphère
gazeuse généralement neutre. |
4) L'aiguiserie |
a) L'émeulage : pour donner à la lame le tranchant.
Il se fait avec un enduit d'eau et de suif, sur des meules en
grès qui tournent à une vitesse modérée
afin d'éviter l'échauffement. L'émouture
effectuée par les émouleurs se fait dans un local
appelé le "rouet", elle donne l'épaisseur
du tranchant en fonction de l'utilisation envisagée. A
l'heure actuelle, on utilise l'émouture à la bande
abrasive.
b) L'affilage : pour abattre le morfil subsistant après
l'émeulage. Il se fait à la main sur des pierres
à aiguiser huilées.
c) Le polissage : pour donner à la lame un aspect net
et brillant. Il s'effectue soit sur des meules en bois recouvertes
de cuir sur lequel on met une potée d'émeri, soit
à la main en fixant la lame dans un étau et en
la frottant avec un morceau de bois recouvert d'émeri,
soit encore en la frottant avec une brosse métallique
enduite de potée. Il est effectué par étapes
successives avec des grains d'émeri de plus en plus fins
sous des angles différents (afin de croiser les traits). |
5) L'ajustage |
C'est l'ensemble des opérations qui a pour but d'achever
la présentation des lames et de les monter sur les manches.
Pour les couteaux de table, la soie (en forme de pointe) est
à section carrée ou plate et séparée
de la lame par un rebord ou mitre. L'ajustage consiste à
enfoncer la soie dans le manche. La soie est chauffée
légèrement et le manche a été préalablement
percé d'un trou rempli de ciment en poudre (d'une partie
cire, une partie brique pulvérisée et quatre parties
de poix broyée). La mitre de la lame doit prendre appui
sur la virole du manche. La soie qui dépasse parfois est
alors rivée à son extrémité. Les
soies plates sont montées sur des manches formés
de deux plaques rivées.
Les couteaux fermants ont des lames sans queue mais qui possèdent
un renflement appelé talon et percé d'un trou.
Dans ce trou passe un axe servant de pivot à la lame/
Le talon est arrondi suivant une de ses tranches et s'appuie
sur un ressort. La ou les lames coupantes sont placées
entre deux lames fixes appelées platines, recouvertes
de bois ou d'une autre matière.
a) les viroles
A l'époque romaine jusqu'au Xe s., cette pièce
métallique fort rudimentaire servait principalement à
consolider l'emmanchage pour compenser l'effort de la soie dans
le manche du couteau. A partir du X-XIIe s., elle joue également
un rôle esthétique.h
Jusqu'à la fin du XVIIe s., les viroles ont une forme
ronde; au XVIIIe, elles deviennent ovales et au début
du XIXe, elle sont plates "demi-françaises"
puis redeviennent ovales vers 1830.
Les motifs diffèrent selon le style de l'époque
mais les motifs floraux apparaissent vers 1890.
b) les manches
Le cacheur dresse à chaud la gorge (ou partie creuse de
la corne) et la presse pour obtenir les côtes des couteaux
pliants.
Le façonneur utilise la pointe (ou partie pleine) qu'il
dresse (après l'avoir portée à ébullition,
passée à la flamme et pressée) pour obtenir
une pièce droite.
La pièce est sciée selon un gabarit, calibrée
(avec une fraise), façonnée avec une espèce
de meule, grattelée, polie, percée et lustrée. |

Couteau de vigneron, fabriqué
par un coutelier de Huy (Belgique), XXe s., coll. BMG |
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