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Histoire de la Poste |
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Chapitre XVI -L’alphabet télégraphique morse et le courrier électriqueSans doute la volonté des Humanistes du XVIe siècle de remonter aux textes anciens influença-t-elle William Gilbert, médecin personnel de la Reine Élisabeth 1ère, à s’intéresser à une observation sur l’ambre qu’avait fait – quelque 2000 ans avant – le philosophe mathématicien Thalès de Millet… D’abord, l’électricitéGilbert découvre
que d'autres matériaux (verre, diamant ou alun),
dûment frottés, attirent eux aussi plumes, paille,
poussière ; il nomme cette force d'attraction à
distance « électricité », d'après le mot
grec ηλεκτρον (êlektron) qui veut dire ambre jaune.
Au XVIIe siècle, les esprits curieux se retrouvent dans des sociétés savantes pour assister à des séances de physique amusante. Francis Hauksbee, fabricant d'instruments scientifiques, démonstrateur à la Royal Society de Londres, découvre qu'une boule de verre, mise en rotation et frottée, émet de la lumière et attire les objets légers. L'attraction est alors si forte que les poils se dressent au voisinage du verre ! Pour rendre son expérience plus spectaculaire encore, Hauksbee construit une machine où la boule de verre est entraînée à grande vitesse à l'aide d'une manivelle et d'un disque démultiplicateur ; il invente ainsi le premier générateur d'électricité en 1706. L’un des spectateurs de Hauksbee est un teinturier du nom de Stephen Gray ; il remarque que seuls les matériaux qui ne conduisent pas l’électricité, comme le verre, l'huile ou la résine, peuvent être électrisés par frottement. Un chimiste adjoint à l'Académie des sciences de Paris, Charles Du Fay, ayant entendu parler des expériences de Gray, tenter d’explorer le domaine de l’électricité. Il découvre qu’elle n’est pas unique, mais double ! Ces deux électricités, qu'il appelle « vitrée » et « résineuse », s'attirent l'une l'autre, mais se repoussent lorsqu'elles sont identiques. En 1845, un magistrat de Leyde, Andreas Cuneus, s'amuse à charger une bouteille remplie d'eau avec une machine de Hauksbee. Touchant involontairement la tige métallique qui a servi à électriser le récipient, il est soudain cloué au sol par une violente douleur qui lui traverse le corps. La « bouteille de Leyde », le premier condensateur, interpelle Européens comme Américains. Benjamin Franklin, un imprimeur de Philadelphie – qui allait aussi être nommé maître général des Postes pour les colonies britanniques d'Amérique du Nord –, explique le phénomène en 1749 : il y a dans la bouteille un trop plein d’électricité par rapport à l’extérieur, la main posée sur la tige forme passerelle et le trop plein se propage dans le corps humain pour compenser le déficit extérieur. Il symbolise ce déséquilibre, avec un signe + pour l'extérieur de la bouteille et un signe - pour l'intérieur. Lorsqu'on pose la main sur la tige métallique, on crée une passerelle. La même année, Franklin assimile la foudre à une décharge électrique. Ces affirmations ne provoquent que moqueries… La démonstration de la théorie de Franklin sur la foudre par un physicien amateur, Thomas Dalibard en 1780 amène les physiciens à prendre au sérieux les affirmations de l’américain. Dès lors tout se précipite. Les travaux de l’Italien Luigi Galvani amènent un autre Italien, Alessandro Volta, à inventer la pile, c’est-à-dire un appareil qui génère en continu du fluide électrique. La pile de Volta est améliorée en 1836 par l’ Anglais J.F. Daniell. C’est cette pile Daniell, constituant le premier générateur d’un courant électrique de caractéristiques constantes, qui permet le développement de la première série d’appareil télégraphiques. Télégraphes à aiguilles et à cadranLes premiers télégraphes électriques [1] sont à aiguilles ; la première ligne télégraphique est établie en 1837, en Angleterre, par Cooke et Wheatstone.Les seconds sont à cadran. Dès 1840, Charles Wheatstone conçoit un appareil télégraphique dans lequel un électroaimant reçoit des impulsions qui font pivoter un index dont la pointe se déplace sur un cadran portant les lettres de l’alphabet. En France, Louis Bréguet frabrique un appareil du même type, mais reproduisant les signaux du code Chappe. Son système est mis en service sur la ligne Paris-Rouen en 1845 et ses appareils sont utilisés en Belgique, surtout par le chemin de fer, jusqu’en 1870. Le système MorseÀ
aiguilles ou
à cadran, ces appareils ne laissent aucune trace.
C’est pourquoi ils
disparaissent devant l’invention de
l’Américain Samuel Morse (1791-1872), qui
crée un système de
télégraphie émettant des courants
électriques de durée brève
ou longue reproduits à la réception sur une bande
en traits courts ou longs. Avec l’aide de son associé Vail, Morse met au point dès 1837 le code « Morse » où chaque lettre de l’alphabet est représentée par une combinaison différente de traits et de points appelés « ta » et « ti », un ta étant conventionnellement 3 fois plus long qu'un ti. L'espacement entre les ti et ta dans une lettre ont la longueur d'un ti. L'espacement entre les lettres d'un mot ont pour longueur un ta (3 ti). L'espacement entre les mots est de 7 ti.
Outre ces
caractères et chiffres, le morse peut étalement traduire
la ponctuation, les lettres partculières de certaines langues et
utilise des codes précis pour les débuts et fins de
message, et la communication technique entre transmetteur et
récepteur [2].
correspondant à l'appel de détresse international SOS.
Auteur : Reaper X – Œuvre placée dans le domaine public.
L’appareil de Hughes triple la vitesse, celui de Gintl réalise le « duplex » (envoi de deux télégrammes [3] à la fois en sens inverse par le même fil). Celui de Baudot, dont le clavier à cinq touches permet de saisir 60 mots à la minute, abandonne l’alphabet morse pour un code alphabétique binaire ; il est adopté par presque tous les pays au début du XXe siècle. Avec et sans lignes télégraphiquesQuel que soit le système de télégraphe électrique, il ne peut exister… sans câble électrique ! Fil de fer ou de cuivre doivent être placés protégés contre la corrosion et le vol ; différents types de gaines sont essayés : en coton, fibres végétales, verre-glu, gutta-percha [4], goudron, bitume, chanvre revêtu d’une armature de fils de fer, zinc… Les premières lignes sont souterraines ; les suivantes aériennes : les fils sont soutenus par des poteaux en bois et reliés à des supports isolants en terre cuite, en porcelaine vernie ou en verre – ce qui va poser quelques problèmes à la poste, les coups de fouet des postillons représentant un danger pour les lignes télégraphiques… [5] Le premier câble sous-marin relie en 1851 la France et l’Angleterre.
Image
créée en janvier 2007 par Mikmaq, sous licence Creative En janvier 1910, alors que ces îles sont isolées du Québec continental par les glaces, le câble sous-marin se brise : plus de communication possible ! Les Madelinots doivent fabriquer un ponchon [6] avec un ancien baril à mélasse muni d’une voile et d’un gouvernail ; ils le remplissent de boites de conserves renfermant le courrier et re-scellées, puis le lancent à la mer à Havre-Aubert. Il faut deux semaines pour que le Québec soit au courant de l’isolement des îles car le ponchon a été récupéré à l’île du Cap-Breton et le courrier remis à la poste… La première communication télégraphique établie en Belgique entre Bruxelles et Anvers l’est par une entreprise privée ; elle est rapidement acquise par l’État et mise à disposition du public, le 15 mars 1851, moyennant un tarif de 2,50 francs belges pour 20 mots dans la zone inférieure à 75 kilomètres, et 5 francs pour la même dépêche an delà de cette limite. Cette année-là, l’État français, qui a créé sa première ligne de télégraphie électrique en 1845, ouvre le télégraphe au public. On installe le premier câble sous-marin entre la France et la Grande-Bretagne mais il faut encore douze années d’efforts avant de réussir à installer un câble à travers l’Atlantique pour relier Europe et Amérique (1866). Un réseau sous-marin de lignes télégraphiques s’installe ensuite dans toutes les parties du monde.
Densité du réseau télégraphique en 1900
– Auteur : Alexrk – Œuvre tombée dans le domaine public.
En 1861, l’empire britannique des Indes a inauguré le timbre-télégraphe pour faciliter le paiement dû. La Prusse puis l’Espagne l’ont imité, puis peu à peu surtout les pays des sphères anglaise, allemande et espagnole. La France attend 1868 pour s’y mettre.
La Belgique l’a fait en 1866 avec des timbres dont la forme
hexagonale rend la perforation des planches difficilement
exacte ; la grande majorité de ces timbres sont
donc décentrés.
Exemple de décentrage : Timbre-télégraphe
belge à l’effigie de Léopold II,
1/6/1871, typographie Avec le télégraphe, l’électricité a quitté le champ de l’expérimentation pour entrer dans le domaine de la technologie opérationnelle. Avec Jagadish Chandra Bose, le télégraphe… se passe de fil !
En 1865, Maxwell démontre mathématiquement
l’existence des ondes
électromagnétiques ; son hypothèse est
confirmée 23 ans plus tard par
l’ingénieur allemand Heinrich Rudolf Hertz. En
1893, l’inventeur croate Nikola Testa décrit les
principes de l’émission radio.
Bose est un grand savant et un professeur renommé ;
à la différence de Marconi, il ne tente pas de
commercialiser sa découverte, ce qui explique que le
crédit de l’invention soit
généralement crédité
à l’Italien qui réalise par ailleurs, en
1901, la première transmission transatlantique sans fil en
élevant par ballons le fil de l’antenne
à une altitude de 120 m. La livraison par tubes à airEn général, les bureaux de télégraphe sont installés soit près des gares, soit dans les postes. Des opérateurs spécialisés concentrent leurs efforts, avec difficulté parfois [7], pour envoyer et recevoir les messages livrés ensuite par des coursiers à pied ou à vélo. L’éthique impose évidemment que ces employés ne divulgue pas le secret de la correspondance.
« – Dis-moi, ami, demanda Michel Strogoff, est-ce
que tu ne m'as jamais vu quelque part?
– Toi, petit père ? Non, jamais. – C'est que le son de ta voix ne m'est pas inconnu. – Voyez-vous ! répondit Nicolas en souriant. Il connaît le son de ma voix ! peut-être me demandes-tu cela pour savoir d'où je viens. Oh ! je vais te le dire. Je viens de Kolyvan. – De Kolyvan ? dit Michel Strogoff. Mais alors c'est là que je t'ai rencontré. Tu étais au poste télégraphique ? – Cela se peut, répondit Nicolas. J'y demeurais. J'étais l'employé chargé des transmissions. – Et tu es resté à ton poste jusqu'au dernier moment ? – Eh! c'est surtout à ce moment-là qu'il faut y être ! – C'était le jour où un Anglais et un Français se disputaient, roubles en main, la place à ton guichet, et où l'Anglais a télégraphié les premiers versos de la Bible ? – Ça, petit père, c'est possible, mais je ne me le rappelle pas ! – Comment! tu ne te le rappelles pas ? – Je ne lis jamais les dépêches que je transmets. Mon devoir étant de les oublier, le plus court est de les ignorer. »
Jules Vernes, Michel Strogoff, 1874-75.
En 1853, Latimer Clark inaugure à Londres un nouveau mode de transport des messages en construisant dans le bureau central du télégraphe de l'Electric Telegraph Company un système de messagerie pneumatique. Les pneumatiques sont acheminés à une vitesse de 6 m/s sur une distance de 200 m propulsés par l’ai comprimé produit par une machine à vapeur. Le système est ensuite raccordé à la Bourse de Londres. Huit ans plus tard, le système est appliqué à Berlin pour relier, par 1870 m de tubes, l'Office central du télégraphe à la Bourse ; peu après, d’autres lignes vont parcourir la ville pour établir une liaison entre l’Office central et les bureaux du télégraphe des portes de Potsdam et de Brandebourg. En 1876, la première poste pneumatique municipale d'Allemagne est ouverte à Berlin ; limitée au départ à 26 km, elle atteindra plus de 300 km de long. ![]() Service du pneumatique, Berlin, 1952 – Auteur : BArchBot – Sous licence Creative Commons Paternité – Partage des Conditions Initiales à l’Identique 3.0 Allemagne En 1866, devant l'accroissement du trafic télégraphique, l'Administration des postes française crée elle aussi un réseau de transport souterrain à Paris : le « pneumatique », constitué de tubes disposés dans les égouts. Des boîtes cylindriques, les navettes contenant le courrier, y sont également propulsées par injection d'air comprimé produit par une machine à vapeur. Le message reçu par télégraphe électrique étant noté ou collé sur un formulaire de couleur bleue, le public parisien appelle rapidement le télégramme un « petit bleu », ou un « pneumatique » ou même un « pneu », tandis que les tubistes qui travaillent dans le service et les brémards, « petits télégraphistes » qui portent à vélo le pli au destinataire, le nomment « brême » ou « babillarde volante ».
« (…) Le lendemain elle m’apporta dans
un paquet noué de faveurs mauves et scellé de
cire blanche, la brochure qu’elle avait fait chercher.
«Vous voyez que c’est bien ce que vous
m’avez demandé, me dit-elle, tirant de son manchon
le télégramme que je lui avais
envoyé.» Mais dans l’adresse de ce
pneumatique,—qui, hier encore n’était
rien, n’était qu’un petit bleu que
j’avais écrit, et qui depuis qu’un
télégraphiste l’avait remis au
concierge de Gilberte et qu’un domestique l’avait
porté jusqu’à sa chambre,
était devenu cette chose sans prix, un des petits bleus
qu’elle avait reçus ce
jour-là,— j’eus peine à
reconnaître les lignes vaines et solitaires de mon
écriture sous les cercles imprimés qu’y
avait apposés la poste, sous les inscriptions qu’y
avait ajoutées au crayon un des facteurs, signes de
réalisation effective, cachets du monde
extérieur, violettes ceintures symboliques de la vie, qui
pour la première fois venaient épouser,
maintenir, relever, réjouir mon rêve. »
Marcel Proust, Du côté de chez Swann.
Vienne aussi crée son pneumatique – en 1875, avec 10 bureaux de poste. En 1897, New York s’y met ; son système atteint 44 km sous les rues de la ville et tout autour de l’Île de Manhattan ; chaque jour, 95 000 cylindres d’acier, contenant 400 lettres chacun, y circulent à 48 km/h pour aboutir dans les filets d’arrivée des 21 postes secondaires placées sur les côtés Est et Ouest de la ville. En 1954, cinq millions de lettres étaient ainsi distribuées. Bâle attend 1913 pour relier le bureau du télégraphe à la Bourse par air aspiré. Au XXe siècle, l’utilité du pneumatique diminuant face aux nouvelles technologies, on ferme les services à Bâle dès 1949, à Paris en 1984 seulement. MAIS… Dans les années 1960, les Postes belges décident de profiter de la construction du métro bruxellois pour faire passer dans les tunnels un système pneumatique de transport du courrier. Des tubes spéciaux sont fabriqués par Éternit et installés de la station Shumann à celle de la Monnaie. Cela coûte plusieurs dizaines de millions. Les tubes existent toujours, mais n’ont jamais servi – sauf à perdurer dans Le petit guide des Grands Travaux Inutiles du dérangeant journaliste ertébéen Jean-Claude Defossé, édité en 1990. Le principe du transport pneumatique est cependant toujours utilisé – notamment dans les magasins à grandes surfaces, entre les caisses et la direction. Suite au mois de avril 2010 : Dangers et mort du télégramme.
[1] Pour le détail des inventions, lire Achille François de Jouffroy d'Abbans, Dictionnaire des inventions et découvertes anciennes et modernes, dans les sciences, les arts et l'industrie, T. II, J.P. Migne, Paris, 1860, p. 1268 à 1292. – retour au
texte
[2] Voir les autres signes sur http://fr.wikipedia.org/wiki/Alphabet_morse. – retour au texte [3] Le néologisme « telegram », proposé par E.P. Smith dans l’Albany Evening Journal du 6 avril 1852 – « télégramme » en Français –, est employé à partir de 1860 de préférence à « dépêche télégraphique » ou « message télégraphique ». – retour au texte [4] Le gutta-percha est un matériau très isolant, provenant des îles de la Sonde qui résiste mieux à l’eau qu’à l’air. – retour au texte [5] En 1904, l'administration des télégraphes et des téléphones demande aux postillons d'éviter de perturber les lignes en donnant des coups de fouet – cette information est caricaturée dans le magazine satirique «Postheiri». – retour au texte [6] Ponchon = « Grosse barrique servant, surtout aux Indes Occidentales, à l'expédition de la mélasse : un ponchon de mélasse. C'est un mot anglais francisé. » in Pascal Poirier, Le Glossaire acadien. – retour au texte [7] Le bruit dérange ces employés, ce qui obligera d’ailleurs la direction des télégraphes de Berne à demander à la police suisse d’interdire le battage des tapis à proximité du bâtiment des télégraphes pendant les heures de bureau ! – retour au texte Bibliographie partielle : Bibliothèque du Musée Postes restantes et Achille François de Jouffroy d'Abbans, Dictionnaire des inventions et découvertes anciennes et modernes, dans les sciences, les arts et l'industrie, T. II, J.P. Migne, Paris, 1860, p. 1268 à 1292. Anne-Laure Cermak, La Poste pneumatique, un système original d'acheminement rapide du courrier : l'exemple du réseau de Paris des origines à sa suppression : 1866-1984, maîtrise, Paris 4, 2003. John D. Hayhurst, The Pneumatic Post of Paris, The France & Colonies Philatelic Society of Great Britain, 1974. |
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