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Chapitre XXI
-
Et si on parlait du timbre ?
Rowland Hill est
généralement considéré comme l'inventeur du
timbre. La réalité est plus complexe…
La petite histoire, sur internet, affirme qu’un jour de 1837, cet
éducateur d'avant-garde vit une jeune femme
pleurer à chaudes larmes après le passage du facteur
parce qu’elle avait dû refuser une lettre de son amoureux
– faute d'argent pour payer le port. Ce désarroi aurait
inspiré Rowland Hill dans ses essais de réformer la
poste et dans la création du timbre-poste.
Le célèbre Larousse du XIXe siècle est
peut-être à la base de ces légendes ! Il
retranscrit en effet, à l'entrée Timbre-poste un texte de
d'Alphonse Esquiros ; celui-ci raconte l'histoire du voyageur Rowland
Hill qui, ayant bon coeur, paya au facteur la taxe qu'une pauvre jeune
tavernière aurait dû acquitter pour recevoir la lettre de
son frère. Une fois le facteur parti, la jeune femme avait avoué
au voyageur « que c'était un tour d'adresse convenu
entre elle et son frère. Quelques signes
hiéroglyphiques marqués sur l'enveloppe lui apprenaient
tout ce qu'elle avait besoin de savoir ; mais la lettre en
elle-même ne contenait aucune écriture. »
Cette manière de faire représentait une perte financière non
justifiée pour le service postal. Obliger
l’expéditeur à payer l’envoi aurait
remédié au problème…
Sil est exact que la taxation pouvait être payée par le destinataire, il est difficile d'imaginer que les responsables des services postaux n'auraient pas, dès avant le XIXe siècle, tenté d'assurer le paiement effectif du travail postal !
Une rapide recherche confirme que ce paiement préalable a bien
existé en certains endroits. Pour ne citer que quelques
exemples :
| 1653 |
Nous l'avons déjà écrit : Villayer a reçu l'autorisation d'installer une poste locale intra muros
à Paris. La lettre simple d'une once, non affranchie, est
taxée 2 sous alors que si elle a été affranchie,
elle ne coute qu'un sou. Pélisson a donné un
témoignage de la façon de procéder : il «
avoit ensuite establi un bureau au pallais, où l'on vendoit pour
un sol pièce certains billets imprimés et marqués
d'une marque qui lui estoit particulière. Ces billets ne
contenoient autre chose ninon : Port payé ce jour de … l'an mil six cent cinquante-trois ou cinquante-quatre.
Pour s'en servir, il falloit remplir le blanc de la date du jour
et du mois au quel vous escriviez et après cela vous n'aviez
qu'à entortiller le billet autour ce celui que vous esvriviez
à votre ami, et les faire jet ensuite dans la
boiste. » Ce qu'il décrit est bien le billet de port payé. |
| 1680 |
Deux hommes d'affaires, William Dockwra et Robert Murray, organisent pour Londres et sa proche banlieue, à grand renfort de publicité,
un système postal basé sur le pré-paiement de 1
penny pour l'envoi d'une lettre ou d'un paquet pesant jusqu'à 1
livre. Le courrier est timbré d'une marque triangulaire
caractéristique comportant l'initiale du bureau de poste, et
parfois d'une autre, en forme de coeur, avec les abréviations
« Mor. » pour morning (lettre du matin) ou « Af. » pour afternoon (lettre
d'après-midi), le chiffre indiquant les heures
d'expédition. Ce service a remporté un franc
succès qui a déplu aux coursiers et porteurs
privés autant qu'à certains hommes politiques qui
soupçonnaient le parti Whig d'utiliser cette poste pour
distribuer des tracts visant à exclure le duc de York
James II de la succession au trône. Le monopole postal étant menacé, le London Penny Post
a été récupéré par la poste
d'état.
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Extrait d'une publicité - Auteur : Gwillhickers - Oeuvre tombée dans le domaine public. |

Marques Dockwra - Auteur : Michael Romanov
- Sous licence Creative Commons Paternité – Partage des
conditions initiales à l’identique 3.0 Unported. |
| 1752 |
Le Dictionnaire de Trévoux indique à l'entrée Affranchir : « Affranchir un paquet, affranchir une lettre, affranchir les ports des
lettres ou des paquets, c'est payer le port d'un paquet, d'une lettre,
en les mettant à la poste, en carrosse, au messager, afin que
celui à qui on l'envoie ne le paye pas. » |
| 1760 |
Paris encore. Le timbrage à l'expédition est obligatoire pour la « Petite Poste » de Chamousset : «
à l'effet de prévenir les abus, le port sera payé
d'avance ; les lettres et paquets seront timbrés du timbre
particulier à chaque bureau dont ils seront partis
(…) » |
| 1792 |
France. Il existe des
timbres « Port dû » et « Port payé
» qui indique le nom de la ville du départ. |
| 1818 |
Les postes de Sardaigne vendent des papiers postaux
représentant un courrier à cheval soufflant dans un cor ;
on les appelle des cavallini ou cavalotti. Il s'agit d'un papier blanc
timbré qui sert d'enveloppe. |
| 1823 |
Le lieutenant Curry Gabriel Treffenberg, s'inspirant de
l'expérience sarde, propose à son pays des enveloppes
pré-payées, avec l'image imprimée en couleur ou en
relief d'un timbre. L'idée est jugée ridicule par
l'administration postale. |
Mais, en matière d'administration, de poste et de philatélie, il y a timbre et timbres !
- la marque : le timbre
est d'abord une marque pour donner une information (comme la date) ou indiquer le paiement d'une taxe ou d'une redevance.
- le document : le papier qui a reçu la marque est appelé soit timbre, soit papier timbré.
- le tampon : le
timbre est l'instrument, le cachet avec lequel on tamponne le document
; il donne un timbre sec (le document est marqué d'une empreinte
par pression) ou humide (la marque est iomprimée avec de
l'encre).
- la vignette : le
timbre
est aussi une vignette qu'on appose sur sur un document et qui atteste
le paiement du droit de timbre. Dans cette catégorie
entrent le timbre fiscal et le timbre-poste.
Et le timbre fiscal a largement précédé le postal…
Suite au mois de janvier 2011 : Le timbre fiscal
Bibliographie
partielle :
Bibliothèque du Musée Postes restantes
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